KEKOLDI, SITE SPECTACULAIRE DE MIGRATION DES RAPACES · May 3, 06:08 AM

A Kekoldi, au Costa Rica, la migration des oiseaux nord américains allant hiverner en Amérique du Sud donne lieu à la concentration de rapaces la plus spectaculaire au monde lors de leur traversée obligée de l’étroite Amérique centrale.

La migration des oiseaux nord américains allant hiverner en Amérique du Sud était depuis quelques années suivie sur deux sites fameux : au Mexique, dans l’état de Veracruz, et dans l’Isthme de Panama. Dans le premier, un suivi de plus en plus exhaustif et poussé donne des totaux pour l’automne qui ont augmenté d’année en année avec l’amélioration de la couverture pour atteindre, en 2005, le chiffre ahurissant de 5 692 000 rapaces !

Vautours 


Pour ceux qui souhaiteraient se rendre sur place, il faut savoir cependant que le flux migratoire s’y déplace d’est en ouest d’un jour à l’autre, et au cours d’une même journée, au gré des conditions météorologiques. On ne peut donc voir d’un même point qu’une partie seulement de la migration, à moins bien sûr de se déplacer en même temps que les oiseaux, ce qui n’est pas toujours facile. De plus, l’environnement de ces sites, très urbanisé et dégradé, n’est pas des plus agréables pour le naturaliste.

UN FLOT IMPRESSIONNANT DE RAPACES

C’est donc avec intérêt que j’ai expérimenté un site intermédiaire, à l’extrême sud-est du Costa Rica, qui offre le double avantage d’être dans un cadre presque entièrement boisé et qui permet de contrôler la plus grande partie, sinon la quasi-totalité du flux migratoire. Il s’agit d’une initiative locale dans une réserve indigène, où des ornithologues costariciens ont construit une haute tour en bois dont la plate-forme domine toute la forêt environnante, à mi-chemin entre la mer (Atlantique) et la montagne (Sierra de Talamanca, épine dorsale de l’isthme de Panama à cet endroit). Le flux migratoire en automne est exclusivement concentré sur le versant Caraïbe de l’isthme et se déplace au cours de la journée de la côte à la montagne et de nouveau à la côte le soir, restant ainsi toujours en vue de la tour, quand il ne passe pas juste au-dessus.
Une petite équipe assure une permanence du 15 août au 1er décembre. Je me suis joint à eux pendant tout juste trois semaines d’octobre où j’ai pu compter près de
1 300000 rapaces dont 99% composés par trois espèces : l’urubu à tête rouge,Cathartes aura, la petite buse, Buteo platypterus et la buse de Swainson, Buteo swainsoni.

 

rapace

 L’ornithologue européen n’était cependant pas dépaysé. Il passait aussi 20 à 40 balbuzards (jusqu’à plus de 80) par jour, 30 à 80 faucons pèlerins (et plusieurs jours jusqu’à 120-150) et, même à la fin de mon séjour, les faucons émerillons commençaient à passer (jusqu’à 68 en une journée). Je n’ai jamais vu moins de 10000 rapaces par jour, généralement 20000 à 60000 et quelques jours de 100000 à 200000, ce qui témoigne d’une relative régularité, les habitués sachant à quel point la migration peut être ailleurs imprévisible et irrégulière. A titre de comparaison, on voit ici en moyenne plus de rapaces par jour (sans compter la dizaine d’espèces locales) que dans n’importe quelle station européenne en trois mois de migration d’automne (hormis Gibraltar et le Bosphore).

Les spotteurs sont les bienvenus

rapace 



Au cours de la journée, le passage fluctue évidemment beaucoup, mais les quelques heures creuses sont bien vite oubliées quand arrivent les grands vols de vautours ou de buses qui peuvent défiler sans interruption pendant une à plusieurs heures, l’un des spectacles les plus extraordinaires que la nature puisse offrir, mais aussi une épreuve épuisante pour le compteur soucieux de l’estimer au plus juste. La meilleure époque s’étend de mi-septembre à mi-novembre et couvre surtout octobre.

La tour d’observation permet aussi à longueur de journée observations et photos de toutes sortes d’oiseaux forestiers, notamment toucans et perroquets qui se posent sans crainte à quelques mètres des observateurs, sans compter les parulines nord-américaines qui peuplent alors les forêts d’Amérique centrale. Une station confortable a été construite à proximité de la tour, à une demi-heure de marche de la route. Tous les amateurs y sont accueillis pour un prix modique en pension complète, surtout s’ils s’engagent sur une certaine durée. Un programme de baguage régulier se déroule en forêt auquel il est possible de participer. Pour les amateurs de «farniente» occasionnel, les plages ne sont pas loin (on y voit les rapaces passer très bas à certaines heures au-dessus d’un flux continu d’hirondelles) et le Parc national de Cahuita offre ses forêts et mangroves.

Un bus direct relie le secteur à la capitale San José trois fois par jour et une agence locale permet de louer une voiture pour rayonner. Plus généralement, le Costa Rica est à la fois riche et très bien équipé en parcs et réserves, depuis les côtes (Pacifique et Atlantique) jusqu’au sommet des volcans à près de 3000 m. C’est aussi le seul pays qui n’ait pas d’armée, ce qui n’est peut-être pas sans relation avec le développement de sa politique de protection de la nature!

Jean-Marc Thiollay

— Randy Explorer

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